Présentation et extraits traduits du livre « Franc-Jeu : Guide de la non-monogamie pour les hommes qui aiment les femmes  » de Pepper Mint. 1 ère partie.

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J’ai fait connaissance avec Pepper Mint, en 2017, lors de la 2e conférence “Non-Monogamies and Contemporary Intimacies” à Vienne où nous avons participé à la même table ronde, sur les maltraitances dans les relations non-monogames. J’étais la seule femme des trois personnes qui exposaient, ce qui m’a semblé fort étrange, car nous sommes, nous les femmes, les principales victimes de ces violences.

Pepper Mint a donc parlé au nom de son accompagnement de “survivantes” de ces violences et a indiqué qu’il n’en a jamais vécu personnellement.

Cette même année 2017, est paru, au mois d’octobre, son premier livre : “Playing Fair: A Guide to Nonmonogamy for Men into Women[1]” qui vient d’être publié en espagnol en février 2019.

Bien que le livre s’adresse aux hommes, j’ai été intéressée par lui parce qu’il me parait important de savoir quels conseils circulent dans le monde de la non-monogamie, sur la manière d’avoir des relations saines, avec nous, les femmes.

Je me suis posé la question, tout au long de la lecture, sur mes relations avec un homme qui en aurait fait la lecture et essaierait d’en appliquer les suggestions. J’aimerais bien imaginer que mes relations auraient été autres, probablement bien plus bienveillantes, respectueuses envers moi et à l’écoute, si un tel guide avait été écrit il y a 10 ou 20 ans. Et, en même temps, je me demande s’il aurait été compris, voire même si un homme aurait pu l’écrire. Je pense qu’il rompt bien des schémas et rend visibles nombre de comportements masculins, présents dans toute relation, qu’elle soit monogame ou non-monogame. Le problème, avec la non-monogamie, c’est la multiplication des femmes atteintes par ces comportements. Cependant, je vais apporter un grand bémol, à mon impression première, plutôt positive, c’est que ce guide s’adresse surtout à ceux qui souhaitent avoir des rendez-vous avec des femmes non-monogames et n’évoque que trop succinctement, de manière transversale, comment bâtir une relation saine et égalitaire avec des femmes non-monogames. Cela est exprimé clairement, dès le début, page 18 dans la traduction en espagnol : « Je suis conscient que je parle de toutes les façons qui nous permettent d’être de meilleures personnes dans un livre destiné à obtenir des rendez-vous dans la non-monogamie[2].» Ce qui est renforcé par le fait qu’un seul chapitre concerne le thème de prendre soin des relations et il ne compte que de 4 pages, alors qu’il est absolument nécessaire d’écrire un livre complet sur le sujet. Je pense que ce livre présente toute une série de « recettes » pour essayer d’être « un mec bien » qui plait aux femmes non-monogames et qui a du succès auprès d’elles, ce qui ne peut être que bénéfique pour les hommes, mais ne présuppose en rien des relations saines par la suite

Puisque ce livre n’est pas traduit en français (comme la grande majorité des publications concernant le thème des non-monogamies [3]), je vais en présenter ici quelques fragments qui me paraissent importants et surtout aidants pour les hommes qui souhaitent avoir des relations avec des femmes qui ont décidé de vivre la non-monogamie. J’espère que ces passages les feront réfléchir et changer leurs comportements oppressifs, non pas seulement pour avoir plus de relations ou plus de succès, mais surtout pour avoir des relations égalitaires, dans le « prendre soin » et le respect mutuel et dans l’écoute l’un de l’autre.

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Extraits du livre

« Franc-Jeu : Guide de la non-monogamie pour les hommes qui aiment les femmes »

 Pepper Mint

Traduction Elisende Coladan

Introduction

Le terme que j’utilise principalement dans ce livre est « non-monogamie ». Je le considère comme une expression parapluie qui englobe le polyamour, l’échangisme[4], les relations ouvertes, l’anarchie relationnelle et autres ». Ma propre expérience provient de communautés polyamoureuses et de fêtes sexuelles pansexuelles (et pas trop de fêtes swinger). De toutes façons, j’ai la sensation que les principes que je présente ici peuvent s’appliquer a la majorité des expériences non-monogames dans la majorité des cas. Comme la monogamie est très similaire dans notre culture, les formes de résistance à elle sont également assez similaires, même si elles proviennent de différentes communautés avec une variété de langues et de normes[5].

… Une manière d’être une meilleure personne est d’être authentique. Beaucoup d’hommes parlent et agissent de forme directe, mais souvent, cette manière cache des aspects de leur personnalité. Notre culture individualiste et machiste les pousse à réprimer leurs émotions, à diriger (parfois parce qu’ils s’en sentent le droit, d’autres par la coaction) et maquiller la vérité chaque fois qu’ils le considèrent nécessaire.

… Être authentique implique parfois d’être vulnérable, aussi bien personnellement qu’en ce qui concerne les relations de pouvoir.

… Un autre aspect pour être une meilleur personne est d’assumer des responsabilités. A nous, les hommes, on nous anime à « assumer des responsabilités » qui se mélangent avec les rôles de genre et peuvent être limitantes. On suppose que les hommes ont la responsabilité de travailler pour ramener de l’argent, mais il n’est pas question du travail que cela implique maintenir de bonnes relations personnelles : que ce soit du point de vue du travail émotionnel, du travail domestique ou même du travail de négocier des rencontres ou autres connexions sexuelles. Notre culture anime souvent les hommes à être irresponsables quand il s’agit de sexe, de relations et tout particulièrement dans la non-monogamie.

Le travail émotionnel consiste à prendre soin des autres, de faire attention aux relations romantiques, d’aider à ce que les autres se sentent bien, de gérer des émotions compliquées, de parler sincèrement des problèmes, d’aider à ce que tout le monde s’entende bien, de maintenir de bonnes relations interpersonnelles avec nos ami.e.s et plein d’autres aspects dans ce genre. Dans les cultures occidentales dominantes, les hommes poussent les femmes à qu’elles prennent en charge tout le travail émotionnel. Et cela va en notre détriment, car c’est ce travail qui produit de bonnes relations. Un point clé pour assumer la responsabilité de nos relations est d’assumer notre responsabilité émotionnelle.

Nous associons la non-monogamie avec la liberté et cela mène à ce que les hommes imaginent que la non-monogamie signifie qu’ils peuvent être moins responsables. Mais, il s’agit d’exactement du contraire. Agir de manière irresponsable peut mener rapidement à l’isolement. La responsabilité et la liberté vont de pair avec des connexions interpersonnelles par la simple raison que ces connexions impliquent d’autres personnes. J’ai beaucoup plus de liberté que jamais d’entrer en relation avec des femmes de toute sorte de manières (rendez-vous, sexualité, amitié et autres) qu’auparavant et cette liberté m’exige des responsabilités et rendre des comptes.

… En vérité, les hommes ont toujours eu accès à la non-monogamie sous différentes formes qui n’étaient pas possible pour les femmes, c’est-à-dire avec des maîtresses, des concubines ou des prostituées[6]. Il s’agit d’un thème récurrent : la non-monogamie a été, pour les hommes et dans l’histoire, une forme de domination des femmes.

… Il est important de bien traiter les femmes. « Bien », non pas dans le sens de les mettre sur un piédestal et les adorer, mais les traiter comme des êtres humains et avec le respect que toute personne mérite .

… Il est également important de trouver des manières d’accompagner les femmes dans leurs luttes. Cela inclut lutter contre le machisme, les hommes machistes et la culture machiste. Il faut reconnaître que les femmes sont confrontées à des problèmes dans notre culture auxquels les hommes n’ont pas à faire face.

Laissons derrière nous des idées monogames erronées 

L’obstacle principal pour être non-monogame est … la monogamie. Ou plutôt, le package monogame que nous portons tous sur le dos.

… Bien des habilités propres à la non-monogamie sont des habilités utiles dans toutes les relations … Quasiment toutes les relations de notre vie quotidienne sont monogames ou sont supposées l’être.

… Les croyances monogames s’entrecroisent avec nos idées sur l’amour et sur les relations romantiques, sur les engagements à long terme, sur les relations qui fonctionnent bien, sur la gestion de la comptabilité domestique, sur notre satisfaction sexuelle, etc. … Nous arrivons à la non-monogamie avec des tas de croyances monogames occultes.

Collaboration au lieu de compétition :

Dans le monde monogame, on présuppose que tout le monde est en couple et donc pas disponible. Les personnes disponibles seraient donc rares … Cette mentalité « de la pénurie » créée une situation très compétitive en ce qui concerne la sexualité et les relations romantiques … La plupart des personnes qui commencent à avoir des relations non-monogames arrivent avec cette mentalité … C’est ainsi que beaucoup imposent la « règle d’un seul pénis », dans laquelle l’homme peut avoir plusieurs relations avec des femmes, mais celle-ci ne doivent avoir de relations qu’avec lui.

… Il est important d’abandonner la compétitivité et penser que nous sommes dans la même équipe que les autres personnes de notre réseau de relations.

… Il faut essayer de connaître les autres relations de tes relations et de trouver la manière d’être généreux avec elles. Cela peut être de laisser la maison libre pour que les autres puissent se retrouver. Cela peut être dire à l’autre personne que la relation qu’elle a avec une personne qui est en relation avec toi, est vraiment précieuse. C’est possible aussi que cela signifie proposer à cette personne de faire partie de ta vie, de manière pertinente.

Liberté avec responsabilité :

J’observe constamment des hommes qui posent des lapins , qui sont incapable de tout petits engagements ou de répondre à des appels … Certains hommes comprennent qu’éviter les responsabilités est une forme d’avoir plus de pouvoir, c’est-à-dire, une manière agressive de montrer qu’ils peuvent faire ce dont ils ont envie … seuls.

… Il est important d’apprendre à écouter les besoins et les attentes des autres. De coopérer avec elles pour bâtir une relation.

Les femmes non-monogames :

Ne jamais assumer qu’une femme est disponible parce qu’elle est non-monogame. Ne pense pas qu’elle est libre sexuellement ou même qu’elle est sexuelle, comme cela est le cas pour certains hommes, il y a des femmes non-monogames asexuelles. N’imagine pas non plus que c’est parce que quelqu’un l’a trompée qu’elle est devenue non-monogame et que, dans le fond, ce n’est pas ce qu’elle veut réellement. N’assume pas qu’elle s’opposera à tes désirs non-monogames car ce qu’elle veut c’est un engagement unique et une relation forte avec toi. Ce sont des interférences culturelles monogames qu’il est bon d’oublier.

(2ème partie)

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[1] https://www.amazon.com/Playing-Fair-Nonmonogamy-Thorntree-Fundamentals/dp/1944934383

[2] « Soy consciente que estoy hablando de todas las maneras en las que podemos ser mejores personas en un libro destinado a conseguir citas dentro de la no-monogamia ».  J’ai initialement pensé à une erreur de traduction et c’est peut-être effectivement le cas. Si l’expression originelle est « date » en anglais, celle-ci signifie couramment un rendez-vous dans le but d’avoir une relation sexuelle ou/et affective ensuite, mais peut également signifier, plus rarement, une fréquentation ou une personne qui nous accompagne. Reste, que la traduction en espagnol est bien et bel « cita », qui veut dire clairement « rendez-vous ». Et tout le livre me parait aller dans ce sens.

[3] La France semble en être restée à des publications qui ont maintenant au moins 20 ans, comme « La salope éthique » de Dossie Easton et Janet W. Hardy ou « Aimer plusieurs hommes » et « Le guide des amours plurielles » de Françoise Simpère, réédités régulièrement, mais qui ne prennent absolument pas en compte l’évolution de la pensée et des recherches concernant les non-monogamies, notamment en les analysant dans le contexte social occidental actuel. D’où mon initiative de publier dans ce blog, essentiellement des traductions de publications hispanophones, notamment celles qui s’expriment à partir d’un point de vue féministe.

[4] Swinging

[5] Je ne suis pas vraiment d’accord avec cette opinion, car je constate de grandes différences entre la manière de vivre les non-monogamies entre deux pays que je connais bien, pourtant très voisins, qui sont la France et l’Espagne. Notamment, le manque notoire de réflexion féministe dans la majorité des communautés polyamoureuses française.

[6] Le terme utilisé par l’auteur est « travailleuse du sexe ». J’ai traduit par « prostituée » car c’est celui qui me semble coller le mieux à la réalité décrite, celle d’une forme de domination.

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