La jalousie dans les relations alternatives à la monogamie. Elisende Coladan

Traducció al català sota l’article en francès

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La jalousie est un thème récurrent lorsqu’il s’agit de relations sexo-affectives[1]. En ce qui concerne les relations monogames, elle est considérée comme faisant partie des relations amoureuses, notamment romantiques. Elle en est même souvent vue comme un corollaire. Il y a cette idée que « si on n’est pas jaloux, on n’aime pas vraiment ». Tout cela s’accompagne de son lot de souffrance, de malaises, de non-dits et de secrets, avec des infidélités[2] et l’adultère[3]. La jalousie répond à ce pan de la pensée monogame qui affirme que l’autre vient nous compléter, combler des vides, répondre à des attentes, satisfaire des besoins (affectifs, sexuels, économiques ou autres) et où il n’y aurait besoin de personne d’autre que cet alter ego, cette moitié, cette « âme sœur », cette « flamme jumelle », qui nous comprendrait sans besoin de parler, qui irait jusqu’à devancer nos désirs.

Même si nous vivons des relations non monogames, n’oublions pas que tout notre environnement se base sur ce type d’idées, qui se retrouvent un peu partout dans les publicités, les films, les séries, les romans, les articles sur les relations amoureuses et/ou sexuelles et même dans nos institutions [4]. Vu ce contexte, la jalousie nous semble incongrue puisque nous voulons vivre des relations plurielles égalitaires, dans le dialogue, l’échange et dans la bienveillance alors que  nous ressentons différents sentiments qui peuvent s’apparenter à la jalousie.  

Celle-ci peut apparaître de différentes manières, que j’illustre ici avec quelques exemples :

  • La culpabilité : Qu’est-ce que j’ai fait pour que l’autre veuille être/passer plus de temps avec quelqu’un d’autre que moi ?
  • La douleur : Le.la savoir avec une autre personne me fait du mal et, par conséquent, je souffre.
  • L’insécurité : Savoir l’autre avec quelqu’un.e fait que je ne me sens pas en sécurité dans la relation. J’ai peur qu’il.elle me quitte.
  • La peur de l’abandon : Cette sensation que lorsque l’autre part (ailleurs/chez quelqu’un.e) en me laissant seul.e, j’ai peur qu’il.le me quitte.  Que ce soit une heure, une journée cela amène une impression d’abandon définitif.
  • Les demandes excessives : Je voudrais que l’on passe encore plus de temps ensemble, alors que je sais que c’est compliqué/difficile pour l’autre.
  • Le doute, la suspicion : Je n’arrive pas à faire confiance, je souhaite tout savoir en détail.
  • La négation : Je ne veux rien savoir, pour ne pas souffrir, parce que si je m’informe, la souffrance est importante. Ce qui peut être une forme de fuite : ne rien savoir plutôt que d’affronter une réalité qui « dérange » et travailler sur ce qui se passe pour la vivre le mieux possible.
  • L’insécurité : Je ne suis pas suffisamment intelligent.e/joli.e/ intéressant.e, pour que cette personne ne veuille être qu’avec moi et du coup n’aille pas voir ailleurs.
  • La honte : Je ne devrais pas éprouver de jalousie puisque je suis dans des relations non monogames, donc je m’empêche de l’exprimer.
  • La déstabilisation : Je sens que l’autre change quand il a une nouvelle relation et cela me demande à chaque fois un temps d’adaptation plus ou moins long, plus ou moins difficile à gérer au niveau des émotions.

et bien d’autres…

Mais, justement, s’agit-il réellement de jalousie ? Et, au fait, qu’appelle-t-on « jalousie » ? Sous ce mot, il y a différents éléments que l’on regroupe sous « le parapluie » de la jalousie et qui n’en sont pas forcément. Je vais en donner quelques exemples. Seule la première définition correspond à la jalousie.

« Jalousie », terme générique :

La jalousie : un désir exclusif de possession de l’autre, ainsi que de son affection et de son temps. Dans ce sens, toute personne (ou action, ou chose : un sport, un travail, etc) qui prend de la place dans une relation, ou qui est suspectée de le faire, provoque un mal-être.

Autres aspects considérés comme de la jalousie :

  1. L’envie : un désir de possession matérielle ou physique. C’est-à-dire, vouloir posséder ce que l’autre personne a et partage. Par exemple, une personne ne va jamais dans certains lieux, ou ne partage pas certaines activités avec nous, mais avec d’autres/un.e autre.
  2. Le mensonge, la trahison, la dissimulation : avoir une nécessité de savoir ce qui passe, ce qui arrive, d’une clarté, de dialoguer car il y a l’intuition que quelque chose n’est pas dit. Le cas le plus fréquent étant donc les relations cachées, secrètes, ou non explicitées (il.elle dit que c’est un.e ami.e mais la relation est aussi sexuelle, ou bien, il.elle dit qu’ils.elles sont allé.e.s au cinéma et en fait ils.elles étaient chez lui.elle…)
  3. Vouloir protéger, « sauver », prendre soin de l’autre personne et essayer de lui éviter les relations que nous jugeons potentiellement ou réellement nuisibles pour elle, son environnement (ses enfants), pour elle ou pour nous-mêmes.
  4. Des attentes non abouties : par exemple, vouloir voir très souvent quelqu’un.e qui ne le peut pas ou ne le souhaite pas, que ce soit pour des raisons de travail, de besoin d’espace pour elle.lui ou de solitude, d’avoir d’autres relations sexo-affectives, de passer du temps avec d’autres personnes quelles qu’elles soient.

Et puis, il peut y avoir toute sorte de situations qui peuvent être interprétées comme de la jalousie et qui n’en sont pas forcément. Par exemple, avoir besoin dans certains espaces nouveaux d’être rassuré.e par la présence de notre partenaire et vivre mal de se retrouver seul.e à ce moment-là, alors que lui.elle communique facilement avec de nouvelles personnes[5].

Dans toutes ces situations il y a une notion transversale qui est celle du « droit de regard » (cf article de Pere Picornell https://nonmonogamie.wordpress.com/2016/09/08/le-droit-de-regard-la-potestat-pere-picornell-amors-plurals/). Pourquoi, par le seul fait d’être en relation sexuelle et/ou affective, nous nous octroyons le droit de savoir ce que l’autre fait, avec qui il.elle est, où il.elle est ou va… alors que cela fait partie de la liberté individuelle de chaque personne de pouvoir disposer de son temps, de rencontrer qui elle souhaite et de circuler librement ? Pourquoi, par le seul fait d’être en relation avec quelqu’un.e nous devrions connaître tous ses faits et gestes, donner notre avis sur ce qu’il.elle fait ou pas, établir des contrats avec des limites et/ou des restrictions ?

Comment arriver à résoudre ces conflits :

Déjà, il me semble important d’arriver à déterminer où nous nous situons, dans les différentes formes d’expression présentées ci-dessus, de ce qui est communément compris comme « jalousie ». Tout comme en reconnaître les expressions. Les identifier est déjà un premier pas pour pouvoir les gérer et vivre les relations plurielles sans (trop) en souffrir.[6]

Ce n’est qu’ensuite qu’il est possible de travailler sur ce qui les provoque. Dans ma pratique, lors des consultations, je travaille souvent avec une perspective intergénérationnelle (générations vivantes) et transgénérationnelle. Je peux l’expliquer de la façon suivante : lors d’une problématique présentée, des secrets, des non-dits ou des répétitions apparaissent. Par exemple, une arrière-grand-mère née d’un adultère qui a toujours été caché, parfois accompagné d’un sentiment d’injustice parce que la mère a dû élever l’enfant toute seule et a été rejetée par la société, ou épouser quelqu’un dont elle ne voulait pas pour qu’il reconnaisse l’enfant, ou avorter pour cacher la grossesse…) Autre possibilité : un.e ancêtre qui a souffert des nombreuses « relations cachées » de son/sa conjoint.e.
L’une ou l’autre de ces situations peuvent se retrouver chez une personne vivant très mal la ou les relation.s de son.sa partenaire, alors qu’en théorie, elle vit et souhaite vivre des relations non-monogames. Elle en souffrira, pourra être sujette à une profonde tristesse, une grande insécurité, un sentiment d’abandon, des peurs irraisonnées, voire des problèmes alimentaires, d’alcoolisme ou d’autres addictions destructrices, qui ne sont qu’autant de manière d’exprimer les ressentis enfouis. Comprendre cela peut permettre de travailler ses propres ressentis lorsqu’une nouvelle relation arrive dans une configuration non monogame, et de les dépasser.

D’autres fois, il n’est pas nécessaire d’aller aussi loin. Reconnaître puis s’interroger sur l’origine de nos expressions de jalousie peut permettre d’accéder à ce qui a pu se passer lors de l’enfance, ou dans des relations antérieures, et ainsi mieux comprendre nos ressentis.

En tout état de cause, ne pas voir la jalousie comme un tout, mais en comprendre les différentes manifestations et expressions, peut déjà apporter un début de compréhension et des pistes pour la travailler. Le dialogue et l’échange entre partenaires, ainsi que l’accueil de ses propres émotions et de celles des autres personnes dans la relation, sont également d’excellentes approches pour arriver à la gérer. Tout comme déconstruire les schémas présents dans notre société, notamment à travers les médias et les productions culturelles, telles que les romans, les films, les pièces de théâtre et autres, qui veulent qu’amour et jalousie aillent de pair.

Pour finir, ne pas oublier que la jalousie peut être utilisée comme un véritable instrument de contrôle sur l’autre (surveiller ses faits et gestes, son emploi du temps, son téléphone, son ordinateur…) et, dans ce cas, il s’agit d’une forme réelle de violence psychologique et très souvent, machiste.

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[1] J’utilise le terme « relations sexo-affectives » de préférence aux adjectifs « sexuelles », « amoureuses » ou « amicales ». Je considère que les relations peuvent être tout cela à la fois, ou juste une des composantes selon les personnes ou les moments.

[2] « Manque de fidélité, de respect à un engagement. » Larousse http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/

[3] « Violation du devoir de fidélité entre époux. » Larousse http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/

[4] L’article 212 du Code civil rappelé par l’officier d’état civil lors de la célébration de chaque cérémonie de mariage prévoit expressément que « les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance ».

[5] Ce qui est mon cas, probablement parce que je suis neuroatypique.

[6] Il me semble évident qu’une bonne communication avec nos partenaires est indispensable et doit être la base de toute relation.

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La gelosia en les relacions alternatives a la monogàmia.
Traducció de Jordi Oliva Papiol

La gelosia est un tema recurrent quan es tracta de relacions sexo-afectives[1]. Pel que fa a les relacions monògames, es considera que forma part de les relacions amoroses, sobretot romàntiques. Sovint inclús es veu com un corol·lari. Hi ha la idea que « si on ets gelós, no estimes de veritat ». Tot això s’acompanya de força patiment, de malifetes, de silencis i de secrets, amb infidelitats[2] i adulteris[3]. És un aspecte del pensament monògama en el que l’altre ve a completar-nos, omplir buits, correspondre a esperes, satisfer necessitats (afectives, sexuals, econòmiques o d’altres) i on no necessitarem ningú més fora d’aquest alter ego, aquesta mitat, aquesta « germana bessona », « aquesta flama compartida », que ens entendrà sense necessitat de parlar, que anirà inclús per davant dels nostres desitjos.
També si vivim relacions no-monògames, no oblidem que tot el nostre entorn es basa sobre aquest tipus de idees que es retroben una mica per tot arreu a la publicitat, als films, a les sèries, a les novel·les, als articles sobre les relacions amoroses i/o sexuals i dins les nostres institucions[4]. En aquest sentit, no es pas sorprenent que inclús si en teoria, la idea de gelosia podria semblar incongruent des del moment que desitgem viure relacions plurals igualitàries, amb diàleg, intercanvi i amb bona entesa, ens retrobem amb sentiments contradictoris, que se semblen força a la gelosia.
Cada situació pot tenir expressions múltiples, que mostro amb alguns exemples (en cursiva), que poden anar de :
• La culpabilitat : què és el que faig que fa que l’altra persona vulgui estar (o passar més temps) amb un altre que amb mi?
• El dolor : saber-la amb una altra persona em fa mal i per tant pateixo.
• La inseguretat : saber l’altre amb una altra persona em fa no sentir-me segur de la nostra relació. Tinc por que em deixi.
• La por a l’abandó : aquella sensació que l’altre pot marxar a un altre lloc i deixar-me sol/a.
• Les demandes excessives : voldria que passéssim més temps junts encara, malgrat que sé que es complicat/difícil per a l’altre.
• El dubte, la sospita : no acabo de tenir-li confiança, desitjo saber-ne els detalls.
• La negació : no vull saber-ne res, així no pateixo pas, perquè si m’informo, pateixo encara més. El que pot ser una forma de fugida: millor no saber res que afrontar una realitat que « molesta » i treballar sobre el que passa per viure el millor possible.
• La inseguretat : no sóc prou intel·ligent, alegre, interessant, perquè que aquesta persona no vulgui estar només amb mi i de cop vagi a veure d’altres.
• La vergonya : visc en relacions no-monògames, però sento gelosia, aleshores reprimeixo expressar-ho.
• La desestabilització : sento que l’altre canvia quan té una nova relació i això m’exigeix cada vegada un temps llarg, d’adaptació més o menys difícil per gestionar les emocions.
a moltes altres…
Però, de veritat, es tracta realment de la gelosia? I, de fet, què és la gelosia? Sota aquest mot, hi ha diferents elements que se’ls agrupa sota « el paraigües » de la gelosia i que no ho són pas necessàriament. En vull donar alguns exemples. Només la primera definició correspon a la gelosia.
Gelosia mot maleta :
La gelosia : un desig exclusiu de possessió de l’altre, tan del seu afecte com del seu temps. En aquest sentit, tota persona (o una acció, o una cosa: un esport, treball, etc) que s’immisceix en una relació, o que est sospitosa de fer-ho, provoca un malestar.
Altres aspectes considerats com a gelosia:

  1. L’enveja: un desig de possessió material o física. És a dir, voler posseir el que l’altra persona té i compartir-ho. Per exemple, una persona no va mai a certs llocs, o no comparteix algunes activitats amb nosaltres, però sí amb d’altres.
  2. La mentida, la traïció, la dissimulació : tenir una necessitat de saber el que passa, el que arriba, de claredat, de dialogar ja que hi ha la intuïció que alguna cosa no s’ha dit. El cas més freqüent es dóna en les relacions amagades, secretes, o no explicitades (ell/ella diu que és un/a amic/ga però la relació és també sexual o bé, ell/ella diu que ells/elles han anat al cine i de fet ells/elles estaven a casa d’ell/ella, …)
  3. Voler protegir, « salvar », cuidar de l’altra persona i tractar de evitar-li les relacions que jutgem potencialment o realment perjudicials per a ella, el seu entorn (els seus fills), per a ella o per a nosaltres mateixos.
  4. Desitjos desembocats: per exemple, voler veure molt sovint algú/na que no pot o no ho desitja, ja sigui per raons de treball, de necessitat d’espai per a ell/a o de solitud, de tenir d’altres relacions sexo-afectives, de passar temps amb d’altres persones siguin les que siguin.
    I després, pot haver-hi tota mena de situacions que poden ser interpretades com de gelosia i que no ho són necessàriament. Per exemple, tenir necessitat en certs espais nous de ser tranquil·litzats per la presència de la nostra parella i sentir-se malament de trobar-se sol/a en aquell moment allà, quan ell/ella es comuniquen fàcilment amb persones noves[5].
    En totes aquestes situacions hi ha un concepte transversal que és aquell del « dret de mirada » (cf article de Pere Picornell https://nonmonogamie.wordpress.com/…/le-droit-de-regard-la…/). Per què, pel sol fet d’estar en relació sexual i/o afectiva, ens atorguem el dret de saber el que l’altre fa, amb qui ell/ella està, on ell/ella és o va, …? Quan això forma part de la llibertat individual de cada persona, de poder disposar del seu temps, de retrobar-se amb qui desitja i de circular lliurement.
    Per què, pel sol fet d’estar en relació amb algú/na hauríem de conèixer tots els seus fets i gestos, supervisar tot el que ell/ella faci o deixi de fer, establir contractes amb límits i/o restriccions?
    Com arribar a resoldre aquests conflictes :
    Hores d’ara, em sembla important arribar a determinar on ens situem, en les diferents formes d’expressió presentades fins aquí, del que s’entén comunament com a gelosia. També com reconèixer les expressions. Identificar-les és ja un primer pas per poder-les gestionar i viure les relacions plurals sense patir-les (massa).[6]
    És aleshores que és possible de treballar sobre el que les provoca. En la meva experiència, a la meva consulta, treballo sovint amb una perspectiva intergeneracional (generacions vivents) i transgeneracional. Puc explicar-ho de la manera següent : en presentar una problemàtica, apareixen elements com secrets, silencis i repeticions. Par exemple, el fet d’una avantpassat-àvia nascuda d’un adulteri sempre ha estat amagat, a vegades acompanyat d’un sentiment d’injustícia (mare davant el seu creixement sola i essent rebutjada per la societat, mare havent de casar-se amb algú que ella no volia, perquè ell reconegués el fill, mare que avorta perquè això no se sàpiga …). Altra possibilitat : un/a avantpassat que a sofert nombroses « relacions amagades » de la seva parella. L’una o l’altra d’aquestes situacions poden trobar-se a casa d’una persona vivint molt malament la – o les altres – relació/ons de la seva parella, quan en teoria, ella viu i desitja el mateix, viure bé, amb relacions non-monògames. Ella ho patirà, podrà estar subjecta a una profunda tristesa, una gran inseguretat, un sentiment d’abandó, pors irracionals, tenir problemes alimentaris, d’alcoholisme o altres addicions destructives, qui no són altra forma d’expressar els ressentiments soterrats. Comprendre això pot permetre treballar els seus propis ressentiments quan una nova relació arriba dins d’una configuració non-monògama i sortir-se’n.
    D’altra banda, no és necessari anar tan lluny. El reconeixement, després d’interrogar-se sobre l’origen, de les nostres expressions de gelosia pot permetre accedir a allò que ha pogut passar a la infància, o a les relacions anteriors, i així comprendre millor els nostres ressentiments.
    En qualsevol cas, no veure la gelosia com a un tot, però entenent les diferents manifestacions i expressions, pot ja aportar un principi de comprensió i pistes per treballar-la. El diàleg i l’intercanvi a la parella, així com l’acolliment de les pròpies emocions i les d’altres persones en la relació, són igualment aproximacions excel·lents per arribar a gestionar-la. Tant com desconstruir els esquemes presents a la nostra societat, sobretot a través dels medis i les produccions culturals, com les novel·les, els films, les obres de teatre et d’altres, que volen que l’amor i la gelosia vagin de la mà.
    Per acabar, no oblidar que la gelosia pot ser utilitzada com un veritable instrument de control sobre l’altre (supervisar els seus fets i gestos, l’ús del seu temps, el seu telèfon, el seu ordinador …) i en aquest cas, es tracta d’una forma real de violència psicològica.

[1] Utilitzo el terme « relació sexo-afectiva » de preferència als adjectius « sexuals » o « amorosos » o « amicals ». Considero que les relacions poden ser tot això alhora, o solament un dels components segons les persones o els moments.
[2] Manca de fidelitat, de respecte a un compromís. Larousse http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/
[3] Violació del deure de fidelitat entre els casats. Larousse http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/
[4] L’article 212 del Codi civil, recordat per l’oficial d’estat civil a l’hora de la celebració de cada cerimònia de casament, preveu expressament que « els esposos es deuen mútuament respecte, fidelitat, ajut i assistència ».
[5] El que és el meu cas, probablement perquè sóc neuroatípica.
[6] Em sembla evident que una bona comunicació amb las nostres relacions és indispensable i ha de ser la base de tota relació.


La maltraitance psychologique, la manipulation, dans les relations LGBT, BDSM, libertines et le polyamour … (2) Golfxs con principios.

William Henry Bradley « When hearts are trumps by Tom Hall » 1894, MNAC, Barcelone20150909_132206-800x440

Hier, c’était le 25 novembre, Journée Internationale contre les Violences faite aux Femmes. Je n’ai pas pu finir la traduction de cet article à temps, c’est pour cela que je ne le publie qu’aujourd’hui.

Le 20 janvier prochain, je vais animer un espace de parole sur le thème : « Maltraitance, manipulation, abus et violences (physiques et psychologiques) dans les relations alternatives à la monogamie hétéronormative». En cherchant de l’information concernant plus particulièrement les milieux polyamoureux, j’ai trouvé cet article du blog Golfxs, dont j’avais déjà publié un article [1]. Il s’agit de la deuxième partie du résumé d’une conférence de 2014 pour un public vivant des relations sexuelles et affectives alternatives . Quand cela m’a paru nécessaire, j’ai complété le propos dans des notes de bas de page.

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golfxsconprincipios.com/lamoscacojonera/el-maltrato-psicologico-la-manipulacion-tambien-en-relaciones-lgtb-bdsm-swinger-poliamor2/(30/09/2014)

Traduction : Elisende Coladan 

Pour Golfxs con principios [2], la maltraitance, qu’elle soit physique ou psychologique, est un sujet qui mérite toute notre attention. Encore plus lorsqu’il s’agit de celle qui a lieu dans les relations non conventionnelles. Car, à l’intérieur de ces identités, pratiques ou relations non conventionnelles, il existe toute une série de facteurs qui peuvent faciliter les situations de maltraitance.

C’est pour cette raison que, dimanche dernier, nous avons invité Marina, psychiatre spécialisée en Diversité Sexuelle et de Genre, à venir nous parler concrètement de ce thème. Nous avons publié (hier) une première partie [3] de son intervention dans laquelle elle expliquait les mécanismes qui rendent possible ces abus (la persuasion coercitive), identifiés initialement chez les prisonniers de guerre, puis appliqués à l’analyse des relations hétérosexuelles monogames.

Voici un résumé (de la suite) de la présentation de Marina, concernant les relations non conventionnelles :

Facteurs qui facilitent la violence psychologique dans des relations non conventionnelles (LGBT, BDSM, libertinage, polyamour…)

C’est compliqué de trouver des informations sur la violence psychologique dans ce type de relations. Dans le cas des relations BDSM, on en trouve surtout sur la différence entre BDSM et maltraitance, mais pas sur le BDSM qui masque la maltraitance. Et il existe encore peu d’informations à ce sujet, en ce qui concerne le polyamour.

Il est pourtant important de l’analyser dans ce type de relations car il y a des facteurs qui y facilitent la maltraitance :

1 — Quand la personne qui agresse/maltraite est depuis longtemps dans le milieu et/ou a un rôle de mentor

Ex. :« Tu sais bien que les relations lesbiennes/gays/BDSM/ouvertes/polyamoureuses/libertines… sont comme ça. »

2 — La notion de secret. La situation empire lorsque la victime ne peut pas expliquer à son thérapeute, son médecin, ou son centre médico-psycho-pédagogique (CMPP) qu’il s’agit d’une relation BDSM ou ouverte (car ce sont des relations « mal vues »), ce qui fait que le silence est encore plus grand. La victime peut hésiter à demander de l’aide par peur de devoir expliquer la nature de la relation à des personnes qui ne la comprendront peut-être pas.

Ex. : « J’avais accepté d’avoir des relations en public et de choisir avec qui j’aurai du sexe, mais pas que ce soit six personnes en même temps et que mon NON ne soit pas respecté. »

3 — Lorsque la personne qui agresse/maltraite crée un sentiment de culpabilité en disqualifiant l’autre en lui disant qu’elle.il est trop mijauré.e, pas assez transgresseuse.eur, homophobe ou transphobe. Dans le cadre de relations non conventionnelles, l’accusation de normalité peut aussi être utilisée à cette finalité, et à celle d’outrepasser les limites de l’autre.

Ex. : « Tu n’es pas une personne aussi ouverte que tu dis l’être. »

4 — Dans les relations LGBT, il a été démontré que les personnes qui ont subi des expériences de harcèlement scolaire, de bullying, de transphobie, d’homophobie sans pouvoir s’en défendre ont plus de probabilité de se retrouver dans une situation de maltraitance psychologique. Il s’agit donc d’un facteur de vulnérabilité ajouté.

5 — La vulnérabilité liée au fait de ne pas être sorti.e du placard . Si la personne qui agresse a fait son coming out mais pas l’agressée, il lui est possible de la menacer de l’outer aupès de sa famille de le dire, de parler avec sa famille, ses collègues, ses ami.e.s et leur expliquer quel est le type de relations ou de pratiques qu’elle a.

6 — Dans les relations non conventionnelles, le fait que la personne ne se perçoive pas comme une victime, ou ne soit pas perçue ainsi par son entourage, est un facteur en plus. Ou bien encore, qu’elle ne souhaite surtout pas être considérée comme une victime car cela porterait atteinte à son estime de soi de devoir admettre qu’elle a été ou qu’elle en relation avec une personne agresseuse ou parce qu’elle n’arrive plus à y voir clair, à savoir où elle en est.

Pour tous les cas présentés, il faut bien tenir compte qu’une situation isolée, par exemple que l’on soit accusé.e de transphobie, ne veut pas dire qu’il s’agit d’une situation d’abus ou de maltraitance. En réalité, Il faut voir la maltraitance comme un processus, comme un ensemble d’actions et d’attitudes qui se répètent systématiquement.

Il ne s’agit pas de se concentrer sur ce que fait ou ne fait pas l’agresseuse.re, mais surtout sur notre ressenti. Par exemple, si on a peur ou se sent coupable , si on a l’impression d’avoir tout le temps à « marcher sur des œufs », si un rien ne le.la met en colère…

Que peut-on faire depuis l’extérieur ?

Qu’est-il possible de faire, en tant que tierce personne, alors que nous sommes en dehors de cette relation de maltraitance, pour aider une personne que nous pensons être victime de violence psychologique ?

1 — Être présent.e. C’est bien plus fatigant que ce que l’on imagine au premier abord. Avoir envie d’arracher de force la personne d’une relation abusive qu’elle est en train de vivre ne servirait pas à grand-chose. Rester à ses côtés, la sortir de son isolement en lui permettant de penser à autre chose, faire des activités agréables ensemble, comme aller au cinéma, lui proposer des lectures, des vidéos, de rencontrer des personnes ayant eu ce même vécu et en sont sorties [4], est bien plus utile…

2 — S’il.elle est en train de vivre une période violente, il peut y avoir une possibilité qu’il.elle réalise sa situation si on lui montre comment agit son.sa partenaire. Mais s’il.elle dans une période de ENR[1] ou passionnelle, il.elle ne pourra pas le voir ou trouvera des excuses aux comportements de maltraitance, ce qui risque de le.la contrarier et conduire à son éloignement, et donc à son isolement[2].

3 — Faire en sorte que le cercle autour de la personne agressée soit agréable, l’amener dans des environnements accueillants et bienveillants, qui peuvent l’aider à améliorer son estime de soi et prendre des forces pour s’en sortir.

Pour finir, il est important de rappeler que :

  • Absolument tout le monde peut être victime de maltraitance psychologique, entrer dans des relations toxiques, souffrir de violence psychologique. Ce n’est pas propre à un type de personnalité donné, ni à une situation concrète, ni à des niveaux d’instruction. Cela peut vraiment arriver à n’importe lequel/laquelle d’entre nous.

Ex. : On entend souvent « comment cela a pu m’arriver alors que je suis une personne indépendante, que je me considère comme une personne sensée, j’ai fait des études universitaires ? »

  • La personne qui agresse dit TOUJOURS, « je vais changer», « je vais être quelqu’un de merveilleux », « je vais t’aimer plus que n’importe qui ». Les phases de regrets et de promesses font partie du cycle de violence [5].
  • Si la personne qui agresse s’en sort bien, si elle ne sent pas d’angoisse, si elle ne s’interroge pas sur son comportement, il n’y a pas de possibilités qu’elle change.
  • Il est habituel que les personnes maltraitantes ne voient pas qu’elles le sont. Elles disent que c’est l’autre qui les a provoquées, qui les a fait sortir de leurs gonds…
  • Il est possible qu’il y ait maltraitance psychologique également de la part d’une personne soumise.

Ex. : « Si tu pars, je me tue. »

  • S’il y a un doute quant à savoir si on se trouve ou pas dans une situation de maltraitance, la question n’est PAS de se demander si l’autre nous maltraite ou pas, mais de se demander comment MOI je me sens, où j’en suis ? [6]
  • Il arrive que l’on dise d’une personne qui a un comportement abusif, que c’est une personne qui « a un fort caractère ».
  • La maltraitance psychologique, la violence psychologique, la persuasion coercitive, ce ne sont pas des querelles de couple. Il s’agit d’un processus lent, au compte-goutte, petit à petit. En sortir est également un processus qui prend du temps.
  • Au lieu de se centrer sur les agressions et comment les éviter, il est important de se centrer sur qui les commet, comment et pourquoi. En connaître les mécanismes afin d’éviter la maltraitance. [7]
  • Il est difficile de se rendre compte que l’on est victime d’une situation de violence psychologique (ou qu’il y a agression), si cela fait partie d’un comportement considéré comme « normal »[8]

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[1] https://nonmonogamie.wordpress.com/2016/07/18/le-syndrome-de-la-persone-polyamoureuse-parfaite-ppp-la-moscacojonera-in-golfxs-con-principios/

[2] http://www.golfxsconprincipios.com/quienes-somos/#quees

Présentation de Golfxs : Nous sommes un groupe de personnes qui apprécie le sexe non conventionnel entendu comme un loisir, comme manière de socialiser, de faire des rencontres. Dans le groupe, il y a des bisexuel.le.s, des fétichistes, des couples ouverts, des BDSM, des lesbiennes, des gays, des trans, des  queers, des polyamoureux, des libertins, etc… etc… Même des hétérosexuel.les ! Des personnes qui viennent d’arriver et d’autres qui sont ici depuis des années… Des amis depuis toujours, des personnes que nous venons de connaître… Beaucoup de variété. Nous ne croyons pas que l’on doive nous traiter comme si nos goûts étaient un problème médical, ni « nous éduquer » comme s’il y avait seulement une manière unique de faire les choses. N’importe quelle conduite sexuelle est digne d’estime, si elle est toujours pratiquée avec le consentement des personnes participantes et en arrivant à des accords de sexualité sûre, en partageant la philosophie du mouvement « sex positif ». Que le sexe nous plaise ne signifie pas que nous sommes monothématiques, ou que toute notre vie tourne uniquement autour de ça. Nous avons beaucoup d’autres facettes dans la vie, nous avons une famille et beaucoup d’autres centre intérêts, des professions des plus variées… Certain.e.s d’entre nous appartiennent à plusieurs de ces groupes et nous ne voulons pas forcément nous identifier à l’un d’eux, mais préférons prendre dans chacun ce qui nous convient le mieux ou nous fait envie. C’est pour cela que nous avons préféré de nous appeler « golfxs », au lieu des fétichistes, sadomaso, polyamoreux.euses, ou autre chose… Nous avons également en commun le fait que l’homophobie et le machisme nous gênent. Il y a des milliers d’espaces où cela n’importe pas autant qu’ici. Nous souhaitons un espace où cela est réellement pris en compte.

Traduction du texte « Qui nous sommes » du blog.

[1] NRE : L’énergie de nouvelle relation (ENR ou NRE en anglais)

[2] Idem si elle dans une situation d’emprise

[3] http://www.golfxsconprincipios.com/lamoscacojonera/xxxxxx/

[4] Ces trois derniers points sont un ajout de ma part, car je trouve que, si bien je suis d’accord sur le fait qu’arracher quelqu’un d’une situation abusive n’est pas facile et même contreproductif, l’amener progressivement à en prendre conscience est très utile, même si, dans un premier temps, la personne peut dire ne pas se sentir concernée. Dans ce sens, des apports/aides indirects comme des livres, des témoignages vidéo ou audio peuvent vraiment influer. Lui parler également de qui elle était, avant d’entrer dans une relation de maltraitance, peut l’amener à prendre conscience de combien elle a changé. (NDT)

[5] En fait, l’emprise psychologique passe par plusieurs phases :

  • Le repérage dans le groupe,
  • La séduction,
  • La prise de contrôle (par différents mécanismes), menant à la déstabilisation de la personne agressée, la faisant douter d’elle-même,
  • La culpabilisation, le sentiment de honte, la peur chez la victime,
  • L’isolement par rapport au groupe.

[6] On peut aussi poser ces questions à une personne que l’on soupçonne d’être en train de vivre une situation de violence psychologique. (NDT)

[7] Se poser la question également de ce que cela provoque en nous : reconnaître les moments de sidération, d’aliénation de soi, de déconnexion de la réalité et de dissociation. (NDT)

[8] Par exemple, par son éducation, son environnement social et/ou culturel, sa famille… (NDT)

Le droit de regard (La potestat). Pere Picornell (Amors Plurals)

Foto d'un cartell on hi posa "Amar no es amarrar"
Photo d’un panneau où l’on peut lire « aimer ce n’est pas attacher ». Droits d’images d’aninoman.se, sous licence CC BY-NC-ND 3.0

Pere Picornell fait partie du collectif Amors Plurals (qui a organisé les premières Jornades d’Amors Plurals en décembre 2015 et va organiser très bientôt les deuxièmes). C’est sur leur blog qu’il a publié cet article (http://amorsplurals.cat/2016/07/27/la-potestat/) dont la teneur m’a paru très intéressante, notamment parce qu’il y définit des termes ou des concepts souvent utilisés lorsqu’il s’agit de parler de relations non monogames.

Si j’ai bien compris, il s’agit du premier article d’une série qu’il est en train d’écrire, et sera publiée ultérieurement, puisqu’il est en processus d’écriture et de relecture.

N.B. : Pere est le premier homme dont je publie les écrits sur ce blog. Il est aussi le premier homme (dans mes cinquante et quelques années de vie) que j’ai entendu (lors des Jornades d’Amors Plurals) dire à un autre homme, qui prenait un peu trop la parole, quelque chose du genre : « nous avons la parole dans la plupart des espaces. Merci de ne pas la monopoliser ici et de laisser également les femmes s’exprimer. » Un moment clé et inoubliable. À mon sens, signe d’un changement profond, même s’il ne s’agit encore que de la part d’une minorité.  (J’ajoute aujourd’hui, en mars 2021, que je ne suis plus aussi « admirative » que je l’étais il y a 6 ans. J’ai vite compris qu’il pouvait s’agir aussi d’une stratégie pour passer pour un « homme féministe », ce qui apporte plein de bénéfices.)

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Le droit de regard [1]

De Pere Picornell, 27 juillet 2016

Traduction : Elisende Coladan [2]

Je n’ai pas de relations non monogames consensuelles. J’ai simplement des relations qui n’ont jamais été fermées. Je n’ai aucune idée de comment on fait pour ouvrir des relations, car je n’ai pas à le faire : moi, ce que je n’accepte pas, c’est l’idée de me retrouver, à un moment donné, dans une relation fermée à cause de la pression de quelqu’un ou d’une norme.

Fonctionner sans droit de regard sur la vie intime des autres signifie abandonner l’idée de « permettre aux personnes avec qui tu es en couple d’avoir la liberté d’avoir d’autres relations » pour une autre : « qui suis-je pour dire à une autre personne ce qu’elle doit faire ou arrêter de faire dans sa vie ?»

Je pense que le fait que nous ressentons comme acceptable et saine la dynamique selon laquelle des personnes ont un droit de regard sur la vie sentimentale, affective et sexuelle d’autres personnes, fait partie de l’héritage du système monogame.

Et cette idée est si normalisée que, si on n’arrive pas à accepter que la personne avec qui on est en couple ait ce pouvoir sur nous, cette résistance est perçue comme une agression.

Dans ce cas : comment prend-on soin [3] de l’autre ? Que se passe-t-il avec l’engagement ?

J’ai reçu des feedbacks sur des articles que j’allais publier, qui m’ont fait constater à quel point il est courant d’associer le droit de regard à la présence/absence/qualité du système de care (prendre soin) et d’engagement dans nos relations. Alors qu’il n’en est rien !

Dès le départ, j’ai préféré éclaircir ce point, afin d’éviter d’être lu avec cette idée précise en tête et qu’arrivé à la fin, on se rende compte qu’il ne s’agissait pas de ce à quoi on pensait.

L’article [« que vous êtes en train de lire » — NDT] a pour propos de dénoncer le fait que certaines personnes peuvent se sentir légitimes en voulant avoir une autorité sur la vie intime d’autres personnes.

C’est vrai que si l’on pousse le raisonnement, on en arrive au point où il est difficile de dire comment ce qu’une autre personne fait de sa propre vie intime peut nous toucher, et de décider quels sont les points sur lesquels nous avons, ou pas, un droit de regard. C’est pour cela que j’ai écrit un texte centré sur des exemples où il est difficile de savoir si le droit de regard que nous voulons avoir est légitime ou pas. C’est ainsi que nous verrons combien la frontière est floue et que chaque situation a son propre monde.

Entre-temps, je vous recommande cet article, que j’aimerais traduire, mais qui, pour le moment, est en anglais. Il y est question également du droit de regard (entitlement) https://medium.com/@version2beta/relationship-anarchy-and-consent-a2d675d76c96#.usul77yug

Je vais définir, éclaircir et contextualiser [« les mots et expressions suivants » — NDT].

Relation 

À chaque fois que j’utilise le mot « relation », il s’agit de n’importe quelle relation : des connaissances, des ami.e.s, qui que ce soit. Il est important de le comprendre ainsi et ne pas sous-entendre que je fais référence à des relations de couple. Je serai spécifique chaque fois que je me réfèrerai au couple.

Droit de regard

Mon idée est d’utiliser cette expression dans son sens le plus ample. En anglais, il s’agit du mot « entitlement », ce qui peut vous aider à mieux comprendre où je souhaite en venir. Je parle de ce « droit de regard assumé », dans le sens où il est considéré, par sous-entendu, comme légitime d’intervenir et de contrôler ce que fait, ou ne fait pas l’autre dans sa vie intime. Il s’agit donc de pouvoir limiter, négocier ou même mettre son veto sur la façon dont l’autre peut avoir des relations et comment elles doivent être.

Consensus

Faire quelque chose par « consensus » signifie que l’on est arrivé à un accord et que, par conséquent, les parties impliquées l’acceptent.

Il est possible d’arriver à un « consensus » sur des points sur lesquels toutes les parties ont un droit de regard. Par exemple : si, en prenant un café avec notre voisin, il nous explique qu’il veut peindre sa chambre en vert, on ne peut pas lui demander un « consensus » sur la couleur qu’il va choisir. On n’a aucun droit de regard sur cet aspect, donc il n’y a pas de consensus, ni de raison pour qu’il y en ait un.

S’il nous passait par la tête l’idée de lui demander ce consensus, il serait normal qu’il nous envoie balader et qu’il décide de faire ce qui lui chante avec sa chambre.

De plus, notre demande de consensus impliquerait implicitement que nous considérons avoir un pouvoir de décision sur les couleurs des murs de sa chambre. Si on considère que ce pouvoir n’est pas éthique, essayer de l’exercer serait une agression.

Imaginons que, deux fois par semaine, nous dormons dans la chambre de ce voisin. Cela nous donnerait-il un pouvoir sur sa décision ? Ma réponse est non, mais en même temps, nous avons absolument le droit d’exprimer notre opinion, d’établir nos limites et, au final, de faire des propositions. C’est ainsi que nous serions face au fait que, comment et pourquoi exprimer nos opinions — ou nos limites —, peut être utilisée comme une forme de contrainte ou de manipulation. Tout dépend d’où on se situe (pouvoir assumé, intentions, structures de pouvoir…) Quoiqu’il en soit, il n’est pas possible de traiter ce sujet comme s’il était tout noir ou tout blanc, et c’est dans les nuances de gris qu’il y a un débat intéressant. J’en reparlerai dans de prochains articles.

Consentement :

Il y a consentement pour les choses sur lesquelles nous avons un droit. L’exemple le plus évident est le droit de disposer de son corps : chacun.e a le pouvoir et l’autorité ultime de décider ce que nous voulons en faire et ce que les autres peuvent en faire.

La question se complique lorsqu’il s’agit de choses moins directes. Si une image nous offense : où se situe le droit de consentement ? Est-ce que le fait de nous exposer à cette image est une violation de notre consentement ? Le droit de regard sur ce que nous voulons voir ou pas s’étend-il également à notre entourage et d’autres personnes ? Et si c’est un son ou une musique qui nous dérange ? Avons-nous le pouvoir d’intervenir et d’exiger du respect ? Ou bien est-ce que cela reste en dehors de notre champ d’action et nous ne pouvons que demander gentiment de l’arrêter, ou décider si nous voulons rester dans ce lieu ou cette situation/compagnie et, si ça ne nous plait pas, en partir ? Ce sont des questions passionnantes mais nous éloigne un peu du sujet de cet article.

L’idée de propriété sur les autres nous donne des exemples de comment peut s’établir un droit de regard toxique et on ne peut, par exemple,considérer comme faisant partie des situations de consentement le fait qu’un père consente au mariage de sa fille. Même si cet exemple peut paraître anachronique, c’est un exemple donné en définition du dictionnaire de l’IEC [4]. Plus actuels sont les cas où, en fin de compte, dans le monde non monogame, on continue à trouver la présence du droit de regard. C’est ainsi qu’il y a des relations de couple dans lesquelles il est assumé que les libertés doivent être négociées avec autorité et que l’exercice des libertés qui n’ont pas été négociées au préalable sont interdites de facto, puisque « tant que l’on n’arrive pas à un consensus qui indique le contraire, l’état par défaut est l’interdiction ».

Comme exemple de droit de regard, nous pouvons imaginer un couple qui commence à vivre une relation polyamoureuse. Un des deux a son premier rendez-vous et il/elle embrasse cette personne. Il/elle revient à la maison et l’explique à son/sa partenaire qui se fâche en disant :« Comment ça ? Vous vous êtes embrassés ? Tu aurais dû attendre d’en parler avec moi avant de franchir ce pas. »

Non-monogamies éthiques et consensuelles

Éthiques : le fait qu’il soit nécessaire de le spécifier montre qu’il est présenté comme un acquis (c’est-à-dire, nous avons internalisé le fait que les non-monogamies ne sont pas éthiques) et, de plus, on a l’habitude d’en faire une lecture très limitée.

En outre, on commet l’erreur de considérer qu’un couple monogame dans lequel quelqu’un trompe l’autre est une relation « non monogame », avec l’intention de pouvoir le signaler comme un exemple de relation non éthique. Ce qui me semble être une erreur monumentale, pour bien des raisons… Ce qui pourrait faire l’objet d’un autre débat 😀

Consensuelles : en appliquant aux relations l’exemple de la couleur du mur de la chambre, nous arrivons au sujet même de cet article. Le fait de penser que nous considérons que le droit de regard sur une autre personne, sur le fait de pouvoir (ou pas) exercer sa propre liberté de tomber amoureux.se, de coucher ou de faire quoique ce soit avec d’autres personnes, doit passer par le consensus ou le pacte avec nous-même, est en soi une forme de penser possessive et peu éthique. Prétendre exercer ce droit de regard est une agression, alors que ce qui est socialement considéré comme agression est justement le contraire. Il semblerait que le fait de refuser de se soumettre à ce droit de regard est vu un manque de respect ou un despotisme, comme si ça voulait dire : « Si tu m’aimes vraiment, comment peux-tu croire que je n’ai aucun droit de regard, de décision sur ce que tu fais dans ta vie privée ? ».

La situation habituelle des relations de couple, après tout, est celle qui est remise en question dans certaines relations queer-platoniques ou anarcho-relationnelles, notamment celles dans lesquelles, mutuellement, il y a un certain niveau de contrôle sur la vie de l’autre. Comme la convention, amplement acceptée, qui établit que les relations affectives impliquent un contrôle de la liberté relationnelle de l’autre.

Cette convention, donc, implique que nous aurions une autorité si forte et si invisible sur notre partenaire que quand quelqu’un dit : « mon/ma partenaire n’a aucun pouvoir ni autorité sur ce que je fais dans ma propre vie », c’est perçu comme une agression et un manque d’engagement, de « ne pas prendre soin de l’autre » et preuve qu’il ne s’agit pas d’amour « véritable ». Il n’y a que devant des cas d’abus et de maltraitance évidents que tout le monde dénonce le fait qu’on n’a « pas le droit de le faire » (je dis bien, plus ou moins, car c’est préoccupant de constater comment, par exemple, fouiller dans le portable de son partenaire peut être considéré comme « normal », parmi bien d’autres comportements normalisés). En revanche, le droit d’interdire que l’autre ait — par exemple — des relations sexuelles avec d’autres personnes n’est pas perçu comme un abus, mais au contraire, comme naturel et nécessaire dans le fonctionnement d’une relation de couple.

Relation monogame (ou « fermée ») :

Il s’agit d’une relation où il existe des limites sur ce que toute personne qui y participe peut faire ou ne pas faire. Que quelqu’un ait « uniquement une relation » parce qu’il.elle n’en veut pas d’autres n’en fait pas une relation monogame, ni fermée, mais bien le fait qu’il y ait une norme (qu’elle soit explicite et volontaire ou pas…) qui établit l’exclusivité.

La définition pourrait se compliquer avec des exemples de personnes qui acceptent d’ouvrir leur relation en résultat à des pressions. Qui l’acceptent sans le vouloir réellement. Souvent, ces relations « faussement ouvertes » font que la relation continue à être fermée, parce que nous sommes en train de parler de relations qui fonctionnent sous le paradigme du droit de regard et qui, par conséquent, ont besoin d’un consensus pour s’ouvrir, et que ce consensus n’a pas été pleinement obtenu.

Il s’agit de monogamie, parce qu’une relation ne peut être fermée, qu’après que ce droit de regard mutuel ait été accepté. Si on n’arrive pas à une situation où on considère avoir de l’autorité sur ce que peut faire l’autre dans certains aspects de sa propre vie, cela signifie que l’on est dans une relation ouverte par défaut et qu’il est impossible de la fermer. Dans le cas contraire, on se retrouverait devant l’équivalent de l’exemple donné du voisin qui veut peindre les murs de sa chambre en vert.

C’est ainsi qu’il est habituel dans une relation de se considérer « en couple », ce statut qui s’accompagne de la concession mutuelle d’un droit de regard et d’un enfermement par défaut de la relation.

Monogamie non consensuelle (ou « relation fermée » non consensuelle).

Je lance cette idée, après avoir parlé de relations fermées, afin de dénoncer l’état actuel de la norme relationnelle : toute relation de type « couple » est considérée d’emblée comme fermée, sans aucun processus de négociation. Par conséquent, sans consensus, ni consentement, ni même une conscience de ce qui se passe réellement, car il s’agit d’une fermeture implicite, qui n’a jamais été explicitée ni définie.

Amitié ouverte consensuelle

Concept absurde qui permet de nous rendre compte comment les relations humaines sont, d’elles-mêmes, ouvertes sans qu’il y ait un quelconque consensus préalable, ni de négociations, ni de pactes pour qu’elles le soient.

L’exercice de comparaison sur la façon comment nous percevons les relations selon que l’on parle d’amitié (dans le sens conventionnel) ou de couple, est, en fait, très utile. Combien de fois avons-nous eu à « ouvrir une relation d’amitié » ? Cela ne nous viendrait pas à l’esprit d’avoir à établir des limites ou des normes pour une amitié, notamment afin d’établir de nouvelles relations (amicales, amoureuses, un coup d’un soir ou quoique ce soit du même ordre). Si un.e ami.e venait nous dire : « Écoute, le fait que tu rencontres quelqu’un et l’amènes chez toi pour avoir des relations sexuelles, c’est difficile à assumer pour moi et je souhaiterais que nous négocions la manière de le faire, afin que je me sente plus à l’aise », nous ne comprendrions pas. Nous ne verrions pas en quoi ce que nous faisons dans notre vie pourrait l’affecter et nous nous demanderions pourquoi il.elle souhaite avoir un droit de regard. Probablement nous percevrions comme une agression le fait qu’une relation amicale puisse intervenir ainsi dans notre vie.

Organisation des articles

Dans cet article, j’ai présenté une série de définitions pour lesquelles j’ai assumé une posture radicale d’identification et de dénonciations quant au fait de croire qu’il est possible d’avoir un droit de regard sur les autres. Il est évident que, si j’écris sur ce thème, c’est à partir de ma propre expérience dans laquelle je me suis rendu compte du poids de ce « droit de regard » dans les relations.

Grâce à cela, j’ai compris progressivement ce qui m’arrivait, comme actuellement, alors que je réalise que je refuse « l’idée de couple », non seulement à cause de la monogamie qui y est implicitement attachée, mais aussi parce qu’elle implique forcément « l’acceptation d’un droit de regard » (ou ce qui revient au même : l’amputation de ma liberté de choisir ce que je fais de ma propre vie), qui est implicitement liée à l’idéal de couple.

Dans de futurs articles, je continuerai à tirer sur ce fil d’Ariane et je parlerai de :

Comment apparaît le « droit de regard » et comment l’identifier.

Pourquoi l’état « par défaut » d’une relation de couple est « une relation fermée » et comment le « droit de regard » a sa place dans ce processus.

Comment éviter de tomber dans ce « droit de regard » et ces « enfermements » automatiques.

Comment l’éliminer, si c’est possible, de relations déjà établies.

Le « droit de regard » est-il légitime ou illégitime ? Comment le « droit de regard » affecte notre capacité au consentement.

Bref, rien de plus en somme que ma propre expérience, farcie d’opinions et de propositions. Un « voilà, je vous laisse quelques réflexions personnelles sur un sujet qui me parait pertinent. » Sans grandes analyses, ni conclusions, ni réponses.

[1] « Potestat » en catalan, « potestad » en espagnol (dans ces 2 langues, c’est un terme surtout juridique qui englobe un concept hybride entre pouvoir, droit et devoir) et « Entitlement » en anglais. (NDT)

[2] C’est ma première traduction du catalan au français. Elle m’a demandé de longues heures de travail et de révision. Mais pour moi, il était également très important de pouvoir transmettre les écrits faits dans ma langue paternelle. Je remercie Isabelle Broué pour sa relecture et ses commentaires, qui m’ont été vraiment précieux.

[3] En catalan et en espagnol, dans le contexte non monogame, il est vraiment très souvent question de « les cures » en catalan et « los cuidados » en espagnol, que je traduis par « prendre soin », mais qui englobe également l’idée de « faire attention ». Une notion qu’il me semble entendre très peu dans le contexte francophone européen. Si vous voulez aller plus loin, je vous invite à lire Carol Gilligan, Joan Tronto et Fabienne Brugère. (NDT)

[4] Institut d’Études Catalanes

Le syndrome de la Personne Polyamoureuse Parfaite (PPP). La moscacojonera in Golfxs con principios.

 

polyamory-pedals

À peine sorti du four (publié), déjà traduit !

J’ai traduit cet article rapidement, afin d’éclairer mes propos lors de l’Espace de Parole que je vais animer vendredi prochain. Il y a dans le blog de Golfxs beaucoup d’articles que j’aimerais pouvoir traduire en français pour les partager avec la communauté francophone. Cela se fera petit à petit…

Bonne lecture et bonne réflexion !

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Le syndrome de la Personne Polyamoureuse Parfaite (PPP) [1]

La Mosca Cojonera in blog de Golfxs con principios.

Original : http://www.golfxsconprincipios.com/en/lamoscacojonera/el-sindrome-de-la-persona-poliamorosa-perfecta-ppp/

Traduction : Elisende Coladan [2]

Lorsque nous avons plus de deux relations, un problème fréquent est celui de vouloir être la « Personne Polyamoureuse Parfaite » : prendre soin le plus possible, tout le temps, de toutes les relations, sans rencontrer aucun problème. Vouloir absolument que personne ne souffre. Faire en sorte de prendre soin de toutes les relations, répondre à toutes les attentes sociales et personnelles, faire attention à tout le monde. Croire que tous les sentiments dépendent de nous. Prouver sans cesse que c’est une très bonne idée de ne pas avoir choisi la monogamie. Suivre scrupuleusement tous les débats de la communauté poly. C’est-à-dire, comme cela semble logique, ne montrer en public que le bon côté de la médaille, de la même manière qu’il a été difficile de parler de violence dans les couples gays ou lesbiens (on a déjà suffisamment à faire avec la pression d’être sortis la « normalité » pour laver, en plus, notre linge sale en public).

Voilà pourquoi cette bonne intention de départ, être la « Personne Polyamoureuse Parfaite », a souvent des conséquences négatives.

1 – Oublier ses propres besoins.

Il arrive souvent qu’en ces moments-là nous oublions de prendre soin de notre propre espace, nous ne voyons pas d’autres ami.e.s parce que nous n’en avons plus le temps. Nous prenons en charge les besoins du monde entier mais… qu’en est-il des nôtres ? Nous y pensons ou nous sommes centré.es sur nos partenaires parce que nous voulons faire en sorte qu’il.les ne se sentent pas mal ? Prendre du temps pour soi. Revoir ses objectifs personnels, nous demander si nous allons bien, si nous sommes en train de faire ce que nous avons envie de faire. Si nous sentons que nous courrons d’une relation à l’autre, si nous sommes en train d’essayer de couvrir tous les besoins qui nous sont étrangers et que nous nous sentons un peu stressé.es… cela n’aidera pas à maintenir nos relations sur le long terme.

  1. Avoir peur de commettre des erreurs.

Que ce soit pour nous prouver à nous-mêmes que nous savons gérer le polyamour mieux que n’importe qui, ou pour se sentir et se présenter comme quelqu’un qui ne connaît pas la jalousie, que ce soit pour présenter notre meilleur profil et nous montrer toujours de bonne humeur, ou bien pour démontrer le fait que nous avons une source d’amour infini, il se peut que nous vivions dans la crainte de mettre les pieds dans le plat et de faire des erreurs. La mauvaise nouvelle, c’est que c’est certainement déjà arrivé. Il n’y a pas de « manuel d’instructions » à lire avant d’avoir sa première relation monogame, et il en va de même avec les non-monogames. Il est normal de faire d’abord des erreurs, et ensuite trouver des solutions. La bonne nouvelle, c’est que nous ne sommes pas obligé.es de vivre constamment avec cette préoccupation C qui sont motivé.e.s par le sentiment de culpabilité peuvent avoir l’impression qu’il.les font volontairement du mal à tout le monde (ou qu’on le leur fait croire) … quand en réalité, c’est le fait d’essayer de contenter tout le monde à la fois (ce qui est impossible, ce dont il.les ne se sont pas encore rendu compte) qui fait que parfois certain.e.s de leurs partenaires peuvent se sentir mal.

  1. Tenter de rendre compatibles des systèmes incompatibles

Parfois nous essayons l’impossible. Pas par égoïsme, mais parce que nous souhaitons faire plaisir à tout.es celleux que nous aimons, à toutes nos relations ; et que nous n’avons pas encore découvert que c’est impossible ou tout au moins, très compliqué. En voulant être la Personne Poly Parfaite. Par exemple, si nous pensons à un V, un triangle (une personne X avec deux partenaires A et B), une tentative insoluble serait de vouloir être à la fois dans un système hiérarchique avec l’une d’elles (A) et dans un système non hiérarchique avec l’autre (B). Tôt ou tard, les attentes de A vont entrer en collision avec celles de B, parce qu’il.le aura des demandes, prévisibles dans ce genre de relation et que celles de B ne seront pas prises en compte.

  1. Ne pas se demander : « Et moi, qu’est-ce que je veux ? »

Au final, la solution consiste — si nous pensons à ce triangle A-X-B —, à ce que X, le sommet de la relation, arrête de se laisser guider uniquement par les demandes qui proviennent de A et de B. Il faut s’arrêter de temps en temps et se demander : « Et moi, qu’est-ce que je veux ? ». Prendre la responsabilité de nos propres décisions rendra plus facile le fait que les autres relations pourront arriver à des accords avec nous, au lieu de se trouver toujours à la merci de facteurs externes incontrôlables. Quand quelqu’un.e se trouve entre deux demandes incompatibles, il est nécessaire qu’il.le décide ce qu’il.le veut, au lieu de « rejeter la faute » sur son travail, sur son autre partenaire, sur les circonstances qui ne permettent pas de couvrir toutes les demandes qui lui sont faites. C’est simple, mais c’est difficile à admettre : il est impossible de satisfaire tout le monde, tout le temps. Ça arrivera de temps en temps. Vivre des relations non monogames, c’est une décision qui est propre à chacun, et il est fondamental qu’on sache ce que cela signifie pour nous, et pourquoi nous le faisons.

Parfois, il nous faut choisir à quel.le partenaire dire non et d’assumer les conséquences de cette décision. Ce n’est point chose aisée, surtout quand on a passé sa vie à répondre aux besoins des autres, avec les meilleures intentions du monde. Mais avoir de bonnes intentions ne garantit en aucun cas que personne ne se sente mal à l’aise . Si nous prenons chacun nos responsabilités, le résultat sera le contraire que ce que l’on craignait : tout le monde saura ce qu’il peut attendre de cette relation, sans dépendre constamment de facteurs qu’il.le ne peut pas contrôler. Et cell.eux qui vivaient avec le stress constant de satisfaire tout le monde seront soulagé.e.s de devenir quelqu’un qui assume ses choix, qui sait ce qu’il.le veut faire, et comment .

Si nous développons une culture dans laquelle chacun.e assume ses responsabilités, « les fuites en avant émotionnelles » [3] sont plus difficiles : ce que nous faisons, nous le faisons parce que nous l’avons décidé et ça veut dire que nous assumons aussi les conséquences qui découlent de nos choix. Si nous ne répondons pas, si nous ne pouvons pas aller à un rendez-vous, si nous faisons ce que nous faisons (ou nous ne faisons pas), ce sera parce que nous l’avons décidé ainsi. Parfois, nos relations auront la forme qu’elles ont parce que des contretemps inévitables surgiront, et parfois il s’agira uniquement d’excuses. À nous de reconnaître notre capacité à évaluer si une relation correspond toujours à nos besoins, à repérer les raisons pour lesquelles ce n’est pas le cas et à décider si nous souhaitons la poursuivre …

 

[1] Terme utilisé par Mel Mariposa Cassidy, en 2015, dans un article en anglais sur son blog  http://radicalrelationshipcoaching.ca/perfectpolyperson/. Mais il semblerait qu’il existait déjà depuis plus longtemps. NDT

[2] J’ai utilisé le langage inclusif, ce qui n’est pas le cas du texte original. NDT

[3] Cf. Brgitte Vasallo http://www.pikaramagazine.com/2013/03/romper-la-monogamia-como-apuesta-politica/

 

Ouvrir les amours, fermer les frontières. Brigitte Vasallo

vasalloCollage de Señora Milton

Présenter Brigitte n’est pas simple, tellement elle peut être polyfacétique. J’aime son franc parler, j’aime qu’elle ose dire et ose « se dire ». Parfois jugée excessive, elle dérange, c’est certain.

Je la connais à travers ses écrits, ses apparitions (assez rares en ce moment) sur les réseaux sociaux. J’ai acheté son livre PornoBurka quand il est sorti (en 2013, déjà !) et (oh la vilaine !), je ne l’ai pas encore lu… Il est dans ma to read list de livres à lire, qui ne diminue pas, car je n’arrête pas d’en acheter. Nous avons eu de riches échanges via les réseaux sociaux et je pense que nous nous apprécions mutuellement. La lire me fait un bien fou ; avec Coral Herrera Gomez et Roma, ce sont des femmes dont les écrits m’aident à mieux comprendre ce qui se joue actuellement dans la non-monogamie et, par là-même, à mieux me comprendre et également comprendre les personnes que j’accompagne en thérapie ou lors de mes espaces de parole. 

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Ce texte a été écrit à l’occasion du 14 février 2016, dans la revue Pikara : http://www.pikaramagazine.com/2016/02/abrir-amores-cerrar-fronteras/

Traduction : Elisende Coladan

Nous vivons dans un système qui nous dit que lorsque « l’autre » arrive, ce n’est jamais une bonne nouvelle, que « l’autre » n’a pas sa place dans notre vie. La pensée monogame et la xénophobie partagent la peur panique de l’altérité.

Aujourd’hui c’est le 14 février, la Saint Valentin, et c’est une date où nous devons parler d’amours. Dans mon cas, de monogamie et de comment nous pouvons repenser un système amoureux qui nous remplit de joie en même temps qu’il nous enfonce dans la violence, les trahisons et les exclusions. Aujourd’hui, il est temps que nous parlions de polyamour, d’anarchie relationnelle, de comment ouvrir les amours, et comment bien le faire.

Aux frontières de l’Union Européenne, en Slovénie, à Ceuta ou sur l’île de Lesbos, aujourd’hui, 14 février, arriveront -comme tous les autres jours- des milliers de personnes réfugiées et migrantes qui fuient des désastres infinis, des guerres avec des bombardement et des guerres avec des spoliations économiques, des guerres coloniales, encore et toujours, orchestrées par une communauté internationale qui s’occupe uniquement d’intérêts stratégiques, économiques et militaires.

Mais ce n’est pas le jour pour parler de ça ! Parlons d’amour, pas de frontières. Pourtant, il s’agit d’une bonne occasion de nous souvenir des implications profondes de l’affirmation « ce qui est personnel est politique » et de nous demander jusqu’où va notre pensée amoureuse critique. Une bonne occasion pour tester la force et la portée de notre déconstruction de la monogamie et de l’amour romantique . Quel sens cela a-t-il au-delà de nos vies privées, pour que nous soyons en train de mettre en jeu notre cœur et nos sentiments afin de construire de nouvelles manières de vivre nos relations.

La pensée monogame

La monogamie, ce n’est pas que des chiffres, ce n’est pas qu’une quantité. Ce qui nous fait croire ça, c’est une erreur anthropologique, euro- et androcentrée, qui définit la monogamie par une quantité (deux personnes), en opposition à d’autres formes de relations (la non-monogamie, c’est plus de deux personnes — à moins qu’il ne s’agisse de musulmans et là, elle a un autre nom, et personnellement, je trouve ça moche).

Dans cette Obsession du nombre, nous perdons de vue que la monogamie, ce n’est pas une pratique, mais un cadre de référence, un cadre monogame, ainsi qu’une forme de pensée : la pensée monogame, qui opère, certes, dans la sphère privée mais également dans la construction groupale. Une pensée monogame qui gère les amours et qui gère les frontières.

De toute la constellation d’idées qui font partie de la pensée monogame, il y en a deux qui se réfèrent aussi bien à l’immense difficulté d’avoir des relations sexo-affectives multiples, qu’à la maltraitance que nous sommes en train de faire subir, en tant que société, à ce que nous définissons comme de l’altérité notamment, aux personnes réfugiées et migrantes : la peur (la terreur) de perdre et le réflexe défensif de l’exclusion.

Nous construisons des couples de manière identitaire, avec des frontières fermées et hermétiques. Nous sommes un couple, nous ne sommes pas en couple. Cette manière de le construire répond, bien sûr, à un besoin de se protéger d’un monde sans pitié : besoin de refuge économique (face au capitalisme sauvage), aussi bien qu’émotionnel (face à l’immense supermarché des sentiments dans lequel nous vivons), mais aussi, de refuge sexuel (face au double mouvement, parallèle et paradoxal, d’hyper-sexualisation de corps instrumentalisés et à usage unique — à prendre et à laisser — d’un côté et, de l’autre, de pénalisation de la sexualité : mono-sexisme, castration des désirs non-normatifs, punition de l’expérimentation, slutshaming…)

Et, pourtant, à force de vivre en cherchant à se mettre à l’abri, nous avons perdu de vue quel était le danger que nous étions en train de fuir. Si c’était la solitude, les relations exclusives ne nous en protègent pas, puisque cette même exclusivité nous impose un régime hiérarchique dans lequel elle est au-dessus de toutes les autres formes de relations, qui deviennent, par là-même, moins importantes et, dans le meilleur des cas, passent au second plan. Si c’est le manque de lien, ce n’est pas l’exclusivité qui va garantir la permanence d’un lien, mais bien l’engagement lui-même, et celui-ci peut comprendre d’autres engagements comme le sont l’amitié ou s’occuper des enfants. La peur de perdre ne se résout par en fermant des frontières pour éviter l’arrivée d’une altérité menaçante, parce que les frontières ne sont jamais que des coupe-feux qui ne résistent pas longtemps. La peur de perdre se résout en éteignant le feu. En désactivant la menace. En désactivant l’idée d’altérité comme menace.

Sommes-nous en train de parler d’amours ou sommes-nous en train de parler d’états ?

Nous sommes en train de parler de la vie, de la manière dont nous nous positionnons dans la vie, de la manière dont la pensée monogame, basée sur l’exclusivité et l’exclusion, nous traverse complètement, depuis la sphère privée jusqu’au groupe, dans ce que nous avons en commun.

La possibilité d’avoir des relations dans une dynamique non-monogame déchaîne des attaques de panique à l’altérité. Cette « autre » qui vient nous voler notre tranquillité, notre bien-être, notre quotidien, notre commodité, notre sécurité. Qui vient se mettre en compétition avec nous et nous enlever notre place centrale, avec le privilège et le pouvoir que cette place nous procure. Qui vient nous mettre en danger. Comme l’affirme la culture populaire, en amour comme à la guerre, tous les coups sont permis. Et tout y est bon : le combat, l’attaque, la violence et l’auto-violence. Comment ça s’appelle, assassiner ta partenaire ou ton ex, sous couvert de jalousie ? Comment peut-on en arriver à tuer « l’autre » ? « Comment pouvons-nous autant nous blesser ? Comment pouvons-nous nous infliger autant de violence ou accepter autant de maltraitances au nom de l’amour ?

Cette « autre », qui vient détruire notre vie, ce sont aussi les réfugiées et les migrantes. Qui viennent bouleverser notre tranquillité, mettre en péril notre paix, nos bonnes coutumes, notre richesse, notre culture, notre identité, notre état de bien-être… Et, dans cette guerre, comme dans l’amour, tous les coups sont permis. L’infamie de leur confisquer leurs objets de « valeur » comme cela se fait au Danemark (mesure à laquelle nous devrions répondre immédiatement en boycottant les produits danois), la brutalité de leur tirer dessus pendant qu’ils se noient comme le fait l’État espagnol à sa frontière Sud, ou de se moquer de leurs morts, y compris celles de leurs enfants, au nom d’une liberté d’expression qui n’est autre que la même violence brutale exercée par d’autres médias, pour ne citer que quelques exemples macabres.

Bien sûr que tout le monde ne tue pas ses amantes ou ne tire pas sur autrui aux frontières. Mais le système est là et il est incrusté dans chaque parcelle de nos vies. Et c’est ce système qui nous dit que l’arrivée de « l’autre » n’est jamais une bonne nouvelle, qu’elle ne nous apportera jamais de nouvelles énergies, de nouvelles connaissances, de nouveaux points de vue, des nouveaux liens, qu’elle ne nous rendra jamais meilleures, ni plus heureuses, ni plus réelles, ni plus lumineuses, ni plus joyeuses. Le système nous dit que l’autre n’a pas le droit d’être.

Dans l’Europe de la décadence, du capitalisme sauvage, des marchés qui sont seigneurs et maîtres, de la troïka, de la paupérisation, des expulsions, de la violence à tous les niveaux contre une population chaque fois plus acculée, de la culture hipster du réchauffé et du vintage, nous sommes-nous arrêtées pour penser combien de possibilités de résistance contre la brutalité du monde apportent avec eux les réfugiées ? Combien d’alliances se perdent ? Combien de possibilités de liens nous sommes en train de dynamiter, aujourd’hui et pour les siècles à venir ? Nous voyons, horrifiées, la même dynamique se déployer dans l’épistémicide[1] qui a eu lieu dans ce que nous appelons « l’Amérique » : tant de formes de connaissance se sont perdues, que nous avons exterminées en même temps que les vies et les mémoires de ces vies. Avons-nous conscience de ce que nous sommes en train de dire sur ce que sont pour nous la pensée, la connaissance et la culture quand nous parlons de la Syrie ? Même si nous ne faisons que dire « Syrie », est-ce que nous comprenons la dimension de ce que nous disons ?

Rompre la monogamie des frontières

Rompre avec la monogamie, c’est dynamiter les frontières, parce qu’elles sont un outil de répression et de haine. Les frontières ne nous protègent pas : elles créent le danger. Le fantasme même de danger. Rompre avec la monogamie, c’est générer de nouvelles formes de relations : ne pas multiplier les mêmes formes, mais les dynamiter pour créer de nouvelles formes de liens basées sur l’inclusion, sur le droit et le besoin d’être, de vivre, d’appartenir, de construire, et les cultiver ensemble.

Le défi, pour nous qui nous disons polyamoureuses, qui nous disons non-monogames, est de donner un nouveau sens au lien et un nouveau sens à la liberté, qui échappent aux serres du néolibéralisme, qui reprennent la conscience de l’être-là[2], du mélange, du métissage, de la contamination croisée comme puissance de vie. Un sens du lien qui nous sache affaiblies sans la présence de cette « autre » que nous refusons de penser comme menace et que nous voulons comme compagne de qui nous pouvons apprendre, en l’incluant dans notre vie, dans notre monde. Cette « autre » qui concrètement se matérialise dans les corps et les vies des amantes, des réfugiées, des migrantes.

[1]  » Un épistémicide est la mort silencieuse des autres formes de science, de cultures, de savoirs, d’apports, qui ont pu exister pour une seule domination, un seul type de science, de savoir qui sont considérés comme légitimes.  » Fatima Khemilat

[2] Traduction littérale de l’allemand Dasein (« existence », mais littéralement da = « là » et sein = « être »), notion exposée par le philosophe Martin Heidegger. Wikipedia

Ce n’est pas toi, c’est la structure: déconstruction de la polyamorie féministe. Coral Herrera Gómez

poliamor-coral-herreraIllustration de la Señora Milton

Coral Herrera Gomez est Docteure en Humanités et Communication Audiovisuelle, avec une spécialisation en Études de Genre. Madrilène, elle réside au Costa Rica[1], pays cher à mon cœur.

Coral et moi, nous nous connaissons depuis déjà quelques années, grâce aux réseaux sociaux. C’est elle qui, la première, m’a dit que ma manière de vivre les relations était « queer ». Grâce à elle, j’ai beaucoup appris sur la construction des mythes de l’amour romantique dans notre société occidentale et combien, tout en en étant imprégnée (comme chacun.e d’entre nous), je m’en éloignais par bien des aspects. 

J’ai suivi son cours en ligne « Señoras que… dejan de sufrir por amor. Porque otras formas de quererse son posibles » (« Mesdames qui … arrêtent de souffrir par amour. Parce que d’autres manières d’aimer sont possibles »), avec un groupe de femmes, il y a 3 ans. Ce fut un cours de 8 semaines d’analyse et de réflexion intense sur nos mécanismes, nos modèles et nos croyances amoureuses, qui m’a beaucoup apporté et dans lequel je pense également avoir apporté, notamment au niveau de la sexualité féminine. 

Dans cet article, Coral réfléchit et analyse ce qui se passe dans le polyamour féministe qui construit de nouveaux mythes et une nouvelle utopie.

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Article original paru dans Pikara Magazine

http://www.pikaramagazine.com/author/coral-herrera/

Traduction : Elisende Coladan

Sur les plans théorique et discursif, nous sommes en train de commencer à bien enrayer le modèle de l’amour romantique, en dépit du fait que l’on ait des siècles de patriarcat derrière notre façon de le vivre émotionnellement.  Le polyamour génère, lui aussi, des mythes, des happy ends, des processus enrichissants, des expériences fascinantes, des déceptions et des frustrations diverses et variées.

La polyamorie féministe est une nouvelle utopie collective pour celles qui rêvent d’un monde égalitaire, féministe et multiple. Dans ce monde idéal, nous, les femmes, ne serions pas divisées en deux groupes, les gentilles (fidèles, soumise et sans désir sexuel) et les méchantes (nymphomanes, salopes et libres). Nous aurions toutes le droit d’avoir les relations que nous voudrions sans nous sentir coupables, sans avoir à rendre de comptes à quiconque, sans déclencher un scandale, sans que l’on nous insulte, nous discrimine ou on nous tue pour cela.

En outre, nous aurions bien plus de temps pour aimer, pour profiter de la vie et de l’affection reçue, pour rechercher et construire des relations diverses, avec ou sans sexe, avec ou sans romantisme. Dans un monde polyamoureux féministe idéal, nous n’aurions pas honte de nos corps : le péché et la culpabilité n’existeraient pas. Nous pourrions vivre notre sexualité et nos orgasmes multiples, sans traumatismes ni complexes.

Nous construirions une espèce d’éthique amoureuse pour éviter les conflits romantiques et les luttes de pouvoir, et nous apprendrions à nous unir et à nous séparer avec tendresse. Avec ce code, l’objectif général serait de prendre soin des autres et de nous-mêmes, d’apprendre à résoudre les conflits sans violence, d’éviter la souffrance inutile et d’apprendre à savourer l’amour et la vie.

Dans le monde de la polyamorie féministe et queer, nous ne serions ni égoïstes, ni jalouses, ni possessives, et nous ne souffririons pas si notre partenaire tombait follement amoureux.se d’une autre personne et avait besoin d’espace pour vivre ce bouleversement amoureux. Nous pourrions arriver à être, alors, des personnes humbles et généreuses qui aiment leur liberté et celle des autres. Nous serions moins égocentriques, car nous n’éprouverions pas le besoin de nous sentir uniques ni spéciales pour quelqu’un 24h/24. Nous n’aspirerions pas, comme actuellement, à être le centre de l’Univers de la personne aimée, car, dans le monde polyamoureux, il n’y a pas de centres, il ne s’agit que de réseaux interconnectés. Tous les sentiments se trouveraient au même niveau, sans hiérarchies : chaque couple se construirait à partir de l’interaction et du présent, il n’y aurait pas d’amours clandestines et l’amour ne se refermerait pas sur lui-même, mais flotterait librement, en se multipliant et se diffusant.

Dans la polyamorie féministe, il n’y aurait pas d’étiquettes qui nous distinguent et nous classent comme hétérosexuelles, lesbiennes ou bisexuelles, car ce ne serait pas des identités, mais des états temporaires, des transitions de l’être dans l’espace et le temps dans lesquels nous circulerions sans problème. Le masculin et le féminin arrêteraient d’être des états purs : nous n’aurions à donner d’explications à qui que ce soit sur notre genre, nos orientations (sexuelles), nos goûts et appétences, parce que ce serait sans importance.

La polyamorie féministe serait queer, inclusive et diverse, avec des pratiques et des façons multiples de la vivre. La monogamie ne serait ni mal vue ni associée au patriarcat. Tout le monde pourrait être monogame dans un système polyamoureux féministe, sans que cela suppose un quelconque problème, parce que la polyamorie féministe n’a pas de règles écrites, ni de normes à suivre fidèlement : chacun.e dessine le tissu sexuel, affectif, érotique et romantique qui lui convient, sans avoir à suivre de patrons préétablis, sans se mettre des étiquettes, ni se sentir cloisonné.e par des structures externes.

Par ailleurs, dans ce monde idéal, nous serions tou.te.s des personnes géniales, parce que nous n’aurions ni à mentir, ni à tromper, ni à trahir qui que ce soit. Nous ne nous sentirions pas coupables non plus de ce que nous faisons ou ressentons. Il n’y aurait pas de regrets ni de scènes dramatiques, nous n’aurions pas à avoir honte de nos sentiments ni n’aurions pas à nous en excuser. Nous serions libres d’aimer beaucoup de monde, de différentes façons. Nous serions libres de construire nos relations à notre gré, sans adopter aucune structure qui ne soit pas la nôtre, mais plutôt en en créant une à travers l’interaction avec les autres.

Le réveil sonne et je me réveille en plein XXIe siècle, le patriarcat est encore en bonne santé, nous l’avons bien ancré dans notre ADN et ce monde polyamoureux féministe n’existe pas (encore) en tant que tel. Le patriarcat est l’enveloppe dans laquelle se manifeste notre réalité et il est à l’intérieur de chacun.e d’entre nous, que l’on soit hétéro, lesbienne ou bi, que nous pratiquions la monogamie ou l’amour libre.

Sur le plan théorique et discursif, nous sommes en train de faire de grandes ruptures et nous le voyons clairement, sur le plan émotionnel, par contre, nous avons un long chemin à parcourir. Je ne suis pas certaine que le changement émotionnel soit quelque chose qui puisse se faire uniquement en le souhaitant et en travaillant dur, car nous avons beaucoup de siècles de patriarcat derrière nous. J’incite toujours à passer de la théorie à la pratique, mais j’admets que c’est bien compliqué : moi-même, j’ai du mal à être totalement cohérente et je ne peux pas m’empêcher de ressentir ce que je ressens, même si je fais tout pour y arriver.

Notre culture entière est basée sur le mythe du « quand on veut, on peut » ou, ce qui revient au même, sur cette idée absurde que vend le mythe du rêve américain (n’importe qui peut arriver à être président des États-Unis, il suffit d’y travailler dur). Nous avons cru qu’avec beaucoup de bonne volonté, de joie, d’effort, de discipline et un peu de chance nous pourrions parvenir à réaliser tout ce que nous voulions.

Tant et si bien que les gourous nous assurent qu’il est plus facile de gagner au loto si on le souhaite intensément et qu’on place toute notre énergie dans cet espoir. Le secret de la postmodernité c’est « yes, you can » : « oui, tu le peux ». En suivant cette logique, on peut cautionner l’idée que le marché du travail soit terrible et que le nombre de chômeurs soit indécent et que, par ailleurs, il soit possible d’obtenir ce que les autres ne peuvent pas atteindre. Parce qu’on est spécial, parce qu’on le vaut bien, parce que nous pouvons faire de nos rêves une réalité (…et les autres, qu’ils se débrouillent).

C’est donc avec cette même logique — celle qui nous fait maigrir, si nous le voulons — que nous pouvons nous dépatriacaliser et éviter la monogamie, si nous le voulons. C’est bien selon cette logique qu’il y a autant de personnes en train de suivre des régimes amaigrissants ou de se faire faire des liposuccions ; c’est toujours selon cette logique qu’il y a tant de personnes à l’œuvre, cherchant à se débarrasser de concepts comme ceux de la propriété privée, de l’exclusivité, de la possessivité et tout ce qui restreint notre désir ainsi que notre liberté d’aimer.

Dans l’état actuel des choses (c’est-à-dire dans le patriarcat capitaliste postmoderne), nous voulons tester, nous aventurer et essayer. Nous voulons faire de nos rêves une réalité et nous transformer en personnes ouvertes et généreuses qui ne ressentent jamais la jalousie ni ne limitent la liberté, pour leurs compagnes ou compagnons, d’avoir d’autres partenaires. Tout comme nous sommes en train de déconstruire la maternité patriarcale et d’autres structures, comme l’amour romantique ou la démocratie patriarcale, nous voulons également déconstruire la monogamie en construisant une utopie polyamoureuse dans laquelle nous allons toutes être plus mûres, cohérentes et heureuses.

Nous nous prenons une claque lorsque nous réalisons que nous n’avons pas les outils pour y parvenir. Nous avons la théorie, mais il nous manque les outils pour mener à bien une telle transformation. Nos connaissances concernant la gestion des émotions sont encore limitées et nous ne sommes pas encore suffisamment entrainé.e.s, pour pouvoir les assumer et bien les vivre. Nous savons que le changement doit être à la fois individuel et collectif, mais nous sommes en train d’essayer de transformer un discours en action, à l’aveuglette. Et ce, parce que nous n’avons pas de modèles à suivre, personne n’a la formule magique. Et les références dont nous disposons, dans notre culture, sont si anciennes qu’elles n’ont plus guère de valeur à nos yeux.

Nos sentiments n’évoluent pas aussi rapidement que nos théories et la société n’évolue pas, non plus, au même rythme que nos rêves érotiques et utopiques. Celles d’entre nous qui sommes hétéro constatons au quotidien que nos compagnons ne réfléchissent pas au même rythme que nous. Certes, il y a des hommes égalitaires et féministes qui y travaillent, mais ils sont encore trop peu nombreux.

Ce sont de trop nombreux siècles d’oppression patriarcale, beaucoup trop. Parfois (généralement quand je regarde la télévision dans un bar), je perds ma foi en l’Humanité et je deviens pessimiste, en me demandant combien de siècles il nous faudra pour arriver à intérioriser tous les changements que nous voulons faire. Même si un miracle arrivait juste maintenant et que toute l’industrie culturelle commençait à lancer des messages d’un autre genre, nous racontant des histoires avec d’autres trames, d’autres personnages et d’autres happy ends, nos structures émotionnelles ne changeraient pas immédiatement. Parce qu’elles sont vraiment enracinées en nous : nous en héritons à travers la famille, l’école, les films et les chansons. Il n’est donc pas si facile que ça de se vider de toute cette charge culturelle. En plus, nous croyons avec dévotion en la magie de la transformation instantanée, c’est pour cela que nous utilisons des amulettes, des totems, des talismans, des figurines et des pierres sacrées, de la même manière que les héros de nos contes parviennent à faire ce qu’ils veulent en frottant une lampe d’Aladin, en embrassant un crapaud, en tuant un dragon, en portant une bague…

Eh bien non, nous n’allons pas nous lever un bon matin en découvrant que nous ne sommes plus jalouses. Peut-être en cours de route découvrirons-nous des outils pour apprendre à la gérer et pour éviter qu’elle n’affecte nos êtres chers. Mais les émotions ne disparaissent pas de nos corps par magie, car elles se sont construites à grand renfort de mythes.

Chacun.e d’entre nous a intériorisé ces mythes à travers nos propres récits, c’est pour cette raison que déconstruire le romantisme patriarcal et nous déconstruire nous-mêmes n’est pas facile du tout. Cela peut être même extrêmement douloureux. Je crois que cela explique pourquoi il y a tellement de personnes tourmentées par les peurs et les profondes contradictions postmodernes : ce que j’aimerais qu’il y ait et ce qu’il y a, ce que je pense et ce que je ressens, ce que je dis et ce que je fais, ce que je suis et ce que j’aimerais être.

Beaucoup d’entre nous veulent passer de la théorie à la pratique en parvenant à une totale cohérence entre nos discours, nos actions et nos sentiments. Mais personnes n’est complètement cohérent dans ses idées. Et après avoir reçu par intraveineuse autant de théorie patriarcale depuis notre plus tendre enfance et notre adolescence (nous avons appris à aimer de manière monogame et patriarcale), désapprendre tout cela est extrêmement complexe.

En ce qui me concerne, je me complique de moins en moins l’existence et je m’adapte à tout ce qui m’arrive. Selon mes envies et selon l’interaction que j’ai avec l’autre personne, je suis parfois hétéro, parfois lesbienne, parfois je suis monogame, parfois pas. En ce moment, par exemple, je suis hétéro et monogame, et dans d’autres phases de ma vie, j’aborde la relation d’une autre façon. Dans ma pratique amoureuse, je construis les relations au gré de ce qui vient : avec chaque personne, j’établis des pactes qui peuvent être révisés ou se transformer à tout moment. Cela dépend de mon ressenti, de mes besoins et envies, des siennes, de ce que chacun.e d’entre nous souhaite… Chacun.e est différent.e des autres. Et moi-même, je change avec les années, si bien qu’à chaque fois l’expérience amoureuse a été différente. En ne me mettant pas dans un carcan qui ne correspond à aucun style amoureux, je me suis sentie plus libre d’explorer et d’essayer de nouvelles choses… J’ai rencontré de grands succès dans mon parcours de vie (par exemple, aujourd’hui, je suis bien moins jalouse que pendant mon adolescence) et j’ai encore bien des aspects à travailler. Ce que j’évite vraiment, c’est de suivre des modes, des standards, des solutions totalisantes ou des vérités absolues.

J’adore le fait qu’il existe une grande diversité de manières d’aimer. Mais je fuis les religions de l’amour qui vous assurent avoir trouvé la formule magique pour être heureux. Le polyamour, par exemple, est à la mode, mais c’est aussi une structure qui nous vient du dehors, c’est-à-dire que nous ne l’avons pas créée nous-mêmes. Même si cela répond à un certain nombre de problèmes, cela nous en apporte d’autres : ce n’est pas une panacée, ni une rédemption. Pour certaines personnes, ça fonctionne très bien, alors que d’autres souffrent horriblement en essayant de s’adapter à cette nouvelle structure. Parce que chaque structure a ses propres problèmes.

L’utopie polyamoureuse est tout aussi romantique que l’utopie monogame : le polyamour génère également des mythes de happy ends, de processus enrichissants, d’expériences fascinantes et de paradis sur mesure. Et c’est pour cela qu’il génère aussi des déceptions et des frustrations diverses et variées, si, malgré nos efforts et notre bonne volonté, nous réalisons que nous n’y parvenons pas. Nous y mettons tout l’amour du monde, mais cela nous fait mal… Alors, que faire ? Et nous voici de retour vers la dichotomie patriarcale : soit nous retournons à la monogamie, soit nous rompons avec celle-ci. Retourner à la monogamie suppose de trahir son  entourage et de se trahir soi-même, c’est retrouver un certain confort en connaissance de cause, c’est revenir au double régime de la morale, à l’hypocrisie, au désir d’exclusivité. Et on se sent patriarcale alors que la dynamique générale est d’aller vers l’ouverture totale.

Rompre avec la monogamie implique non seulement de nager à contre-courant au niveau du politique et du social, mais aussi d’aller à contre-courant de toutes les émotions et les sentiments dont nous avons hérités et qui sont en nous, qui vivent en nous, nous influencent, nous limitent, nous conditionnent. Il s’agit alors d’une double bataille : on lutte contre la monogamie capitaliste hétéro-patriarcale et en même temps, on lutte contre ses propres sentiments monogames, capitalistes et patriarcaux. C’est-à-dire, contre soi-même.

Et, parfois, on se demande : « Est-ce que cela vaut vraiment la peine de lutter autant ? » ou encore « Mais pourquoi donc ne suis-je pas en train de m’amuser, est-ce que le rythme que je m’impose est trop fort et que j’ai besoin de plus de temps pour mon propre processus, est-ce que c’est parce que ce n’est pas une bataille personnelle, mais bien collective et que je ne peux pas affronter un changement aussi énorme toute seule ?

On finit par souffrir tout autant de la monogamie que du polyamour, et ce, parce que la structure amoureuse ne cesse d’être patriarcale. Aimer librement serait bien plus facile si la culture dans laquelle nous vivions n’était pas basée sur l’individualisme, la propriété privée, les hiérarchies, les luttes de pouvoir, les interdits et les tabous. Aimer librement serait possible dans un monde sans machisme, sans morale hypocrite, sans exploitation économique de la grande majorité par quelques-uns. Aimer en liberté serait plus facile, si nous, les femmes, pouvions avoir une plus grande autonomie financière, si nous ne dépendions pas économiquement des hommes, si nous ne souffrions pas de discrimination et de violence.

Nous pourrions aimer librement si nous nous organisions d’une autre manière, si le couple monogame hétérosexuel cessait d’être le pilier de notre système, si on arrêtait de nous bombarder avec cette idée de « normalité », si nous vivions dans un monde diversifié et égalitaire, si nous avions les moyens nécessaires pour jouir de tout cela. Mais nous ne les avons pas, alors nous nous libérerons de certaines oppressions et nous nous en imposons d’autres ; nous cassons des mythes et nous en construisons d’autres, nous substituons nos croyances et nos tabous par d’autres et nous terminons par nous sentir emprisonnées comme dans n’importe quelle autre structure.

Pour nous libérer, il faut en finir avec ces structures qui nous viennent du dehors et construire les nôtres. Entre la monogamie absolue, mensongère et le polyamour bon enfant et bienheureux, il y a bien d’autres alternatives. Nous n’avons pas à nous diviser en deux groupes, nous n’avons pas à choisir l’un ou l’autre modèle. Entre le blanc et le noir, il existe toute une gamme de couleurs et de nuances aussi variées qu’il y a de personnes et aussi diverses que les relations que nous construisons entre nous.

Je crois qu’on est plus heureux.euse sans être esclave des modes, en nous laissant guider par les envies du moment, sans étiquettes qui nous limitent et nous conditionnent. Je crois qu’il n’y a pas de formule magique pour moins souffrir et en profiter plus : nous vivons dans l’ère de la customisation et il revient à chacun.e de se confectionner sa propre utopie, sa propre Réalité et ses propres structures. Ce qui sert à un.e ne sert pas à tou.te.s. Et ce qui a été utile à une étape de notre vie ne l’est plus à une autre, car on change avec les années, on s’améliore et on grandit en tant que personne, on accumule des expériences qui nous amènent à dessiner un autre type de stratégies, et à avoir d’autres types de problèmes.

Le processus de changement doit être individuel, mais également collectif : c’est plus simple lorsqu’on peut échanger avec d’autres personnes tout au long du processus : échanger des outils, des doutes, des problèmes, des théories et des pratiques. Et ce, afin de remettre en question les mythes (monogames ou polyamoureux), les normes, les modes, les interdits et les oppressions qui pèsent sur notre culture amoureuse. Nous sommes de plus en plus nombreux.ses à avoir envie d‘investiguer et de déconstruire le patriarcat, à revendiquer la diversité sexuelle et amoureuse, à travailler personnellement et collectivement dans le but d’arriver à une transformation totale (sexuelle, économique, politique, sociale, affective et culturelle). Néanmoins, ce travail de déconstruction des structures ne doit pas revenir à être obligé de supporter de nouvelles structures tout aussi tyranniques et douloureuses. Que chacun.e se construise la sienne en accord avec ses goûts, ses besoins et ses envies. Dans ces ruptures et changements, il est fondamental de pouvoir élire librement les manières de nous chérir et de nous aimer.

Le romantique est politique : le processus de transformation est individuel et collectif, mais il doit être amusant.

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[1] Elle a quitté ce pays en 2020 et vit actuellement en Espagne.